jeudi 18 septembre 2014

Vallée de la mort ou des merveilles ?

Grosse journée que j’appréhende, chaude pour ne pas dire accablante et pas grand-chose à voir pour ceux qui sont insensibles à la beauté du monde minéral. Ce n’est pas mon cas, j’ai hâte d’y être, malgré les probables 50° de chaleur. Notre destination aujourd’hui est la Vallée de la mort.
Dès le départ, à peine quitté les faubourgs de Las Vegas, la route serpente au cœur de reliefs splendides.

Passé Mountain Spring, une longue ligne droite  que ponctuent, sur les côtés, des bosquets d’armoises, de cactus et de sarcobatus. Puis nous bifurquons, peu après Pahrump, pour pénétrer à nouveau en Californie, et plus précisément dans la Vallée de la mort.

Un désert impitoyable pour les colons et autres chercheurs d'or. On se remémore les westerns dans lesquels le héros s’y enfonce dans une fuite hypothétique mais salvatrice car c’est le héros, et Hollywood. Sinon, c’est les os blanchis garantis. Plateaux, collines, vallées, canyons, lacs salés, dunes de sable, gravières... C’est absolument splendide.
Par ces reliefs sans cesse différents, par ces couleurs sans cesse disparates, l’étonnement est continuel, sur des kilomètres. On ignore une route de traverse qui mène à Dante’s View. C’est pourtant le plus beau panorama qu’offre le désert de la mort. Faudra qu’on m’explique ce choix. Probablement justifié par le besoin de certains à bavarder sur un parking.

La route descend alors vers l'endroit le plus bas, le plus sec et le plus chaud d'Amérique du Nord
Heureusement, on s’arrête quand même à Zabriskie Point. Dans le cas contraire, j’aurai pété les plombs et je crois bien que j’aurai lâché le groupe pour la journée.

Nous arrivons à un croisement. Face à nous se dresse l’Amargosa Opera House and Hôtel. Il se dresse à l’entrée d’une petite cité construite dans le style colonial espagnol par la compagnie minière « Pacific Coast Borax Company ». L’hôtel est, dit-on, habité par quelques esprits surnaturels…

Plus loin, un bosquet d’arbres, un oasis américain qui paradoxalement évoque une fournaise et où se cache le Furnace Creek Ranch. Nous y déjeunerons, comme les centaines d’autres touristes. Faut juste faire la queue. Et comme de bien entendu, à peine arrivés, ça bavarde autour des motos, deux cars nous  passent devant... J’explose et L. le prend pour lui alors, qu’en fait, il n’y est pour rien. Louper La Perspective de Dante et perdre encore du temps, c’était trop pour moi. Personne d’autre ne semble s’en émouvoir. Je m’interroge sur mon état mental. Faudrait peut-être que je replonge dans le tabagisme…
La nourriture n’est pas trop mal pour cette usine, mais les conditions du service sont déplorables. Pourvu  qu’on ne s’y attarde pas ; il y a tant de choses à voir…
On reprend la route, sur des motos surchauffées, les vêtements aspergés d‘eau. Avec la vitesse, cela donne une sensation de fraicheur apaisante. A 14h, la température atteint 47° nous dira R. Mais, franchement, qu’importe, c’est si beau. Le soleil qui ricoche sur la roche et rebondit sur le sable, ne s’évanouissant que dans les vacillantes brumes de chaleur. Un panneau, Beatty Junction. Il n’y a rien. Si ce n’est une route qui débouche dont on ne sait d’où.

Un parking plus loin, installé au milieu de nulle part. Le nom d’un hôtel implanté à quelques miles nous donne quelques explications. Son nom, le Stovepipe Wells Village Hotel, signale la curiosité locale, un paysage de grandes et belles dunes dont la beauté s’éprouve le soir ; c’est sans doute pour cette raison qu’on ne s’y arrète pas. Il s’agit des Mesquite Flat Sand Dunes et du Stovepipe Wells. Des splendeurs dit-on. La présence hôtelière n’est donc pas fortuite.

De là, nous plongeons vers le sud au cœur d’une immensité minérale. Plus rien à voir si ce n’est la roche, le sable, la poussière. Enfin, quelques baraques, Darwin Wash, sans grand intérêt si ce n’est que quelques arbres proposent une chiche ombre. La route dès lors se met à serpenter. Perdu, à nouveau un parking pour les amateurs de points de vue, celui de Father Crowley, en l’honneur du père du désert.
John J. Crowley est connu pour s’être engagé dans la défense d’Owens Valley. À partir des années 1870, des pionniers s’étaient installés le long de la rivière Owens afin d’irriguer les champs et les vergers qu’ils défrichèrent dans cette vallée reculée. Elle devint, pour un court laps de temps, l'une des régions agricoles les plus productives de Californie. Le lac Owens vit même des bateaux à vapeur sur ses eaux. Cela changea, brutalement lorsque les projets d'irrigation gigantesques détournèrent l'eau de la vallée dans un aqueduc menant à Los Angeles, afin de répondre à sa croissance phénoménale. Cet épisode fait l'objet du film Chinatown. La vallée verdoyante d’Owens s’assécha alors puis se désertifia en un paysage hostile à toute implantation humaine. Le Père Crowley tenta d'aider les résidents de la vallée en essayant de remplacer l’agriculture par le tourisme, pendant les six dernières années de sa vie. Il parcourait au volant de sa vieille Ford toutes les routes et chemins de sa paroisse afin de réunir les habitants de la vallée et de les regrouper au sein d’un projet de sauvegarde de la communauté basée sur l’exploitation de la chasse, de la pêche, du ski, du cinéma et du tourisme qu’offraient les spectaculaires paysages de cette région. Il luttait également en écrivant une quantité d’articles sur une étonnante variété de sujets, toujours avec humour et humanité. Il organisa en 1937 la célèbre manifestation "The Wedding of the Waters".
Il ne cessait jamais d’exercer un sacerdoce plus prosaïque que théologique. En revenant d'un voyage à San Francisco en septembre 1940, sa voiture percuta un bouvillon qui errait sur la route, puis s’encastra dans un camion venant en sens inverse. Il fut tué sur le coup. Irving Stone écrivit un article célèbre sur le sujet 'Desert padre" dans le journal "Saturday Evening Post" du 20 mai 1944.

Nous ne sommes pas encore sortis de cet enfer splendide. Brutalement, la 190 bifurque sur la gauche, laissant la suite à la 136 à destination de Keeler. Ce n’est pas notre direction et nous conservons le bitume de la 190. Direction l’ouest, afin de contourner la vallée d’Owens par le sud.
Au loin, le lac Owells est aujourd’hui pratiquement asséché. De sa réalité, ne subsiste qu’une couche de sédiments blanchâtres et quelques zones d’humidité appréciées par les oiseaux qui n’ont pas cessé d’y passer.
Peu après, Olancha nous permettrait de remonter sur la ville fantôme de Cartago. Mais, vu l’heure, nous filons vers le sud sur la Highway 395, surnommée Aerospace Hwy. Nous laissons Indian Wells sur notre droite, longeant l’aqueduc de Los Angeles un peu plus à l’est, puis Armistead, Cinco, quelques baraquements qui semblent n’avoir de sens que par la route.

Peu avant Mojave, nous tournons sur la 165 en longeant l’ancienne Pacific Crest Trail avant d’arriver et franchir Tehachapi puis Golden Hills, Keene. Arrivés près d’Edison, le vert réapparait. Plus que quelques miles avant notre arrivée. Bakersfield.
Yep, l’hôtel possède une piscine. Je ne serai pas seul à y plonger. La journée aura donc été, dans l'ensemble, magnifique. D’autant que je l’attendais, cette ville. Le point de départ d’une autre aventure. « Il m'a déposé dans les quartiers sud de Bakersfield, et c'est là qu'a commencé mon aventure. Il s'est mis à faire froid. J'ai enfilé l'imper de l'Armée tout mince que j'avais acheté trois dollars à Oakland, et je suis resté là à me geler. Je m'étais posté devant un motel de style espagnol surchargé, qui étincelait de tous ses feux. Les voitures me filaient sous le nez à toute allure, elles allaient vers L.A. Je gesticulais comme un fou. Il faisait trop froid. Je suis resté planté là jusqu'à minuit. Deux heures d'affilée, je jurais et je sacrais tout ce que je savais. Je me serais cru revenu à Stuart, Iowa. Il ne me restait plus qu'une chose à faire, investir deux dollars et de la monnaie dans un billet de car et rallier Los Angeles. Je suis donc retourné sur la route de Bakersfield, et je me suis assis sur un banc de la gare routière. Dans la folie de la nuit, qui peut rêver la suite des événements ? » Voilà ce qu’écrivait Jack Kerouac

mercredi 17 septembre 2014

De la nature au factice

A priori, aujourd'hui, petite journée.
Nous devons joindre Las Vegas vers midi. L'ambiance du groupe est mitigée ; La route, à toute allure, dans la nuit d'hier soir n'a pas plu, surtout aux passagères. Ça a probablement grondé dans les chambres. Pas dans la nôtre. Trop crevés, nous nous sommes couchés sans prendre le temps, une fois de plus, de faire le tri dans les photos et de prendre des  notes pour le blog.
Après le petit déjeuner, petite visite à la curiosité locale. McCulloch, le fabriquant de tronçonneuses acheta peu après 1945 la presqu'île qu’occupait alors une base aérienne de l'US Air Force pendant la seconde guerre mondiale. En dehors des casernements, des hangars et de quelques résidences et commerces, il n’y avait rien. McCulloch, avait une idée derrière la tête. Il fit creuser un canal pour transformer la presqu’île qu’il venait de racheter, en une île où il fit aménager une marina et un parcours de golf. Mais son plus grand exploit – mais en est-ce un, quand on est milliardaire - est d’avoir eu l’idée de génie d’assurer l’accès à cette nouvelle île en rachetant l’ancien London Bridge à la capitale britannique, qui jugeait l'ouvrage d'art de granit édifié en 1831 par John Rennie inadapté à la circulation automobile.
Il le fit démonter pierre après pierre et reconstruire à l’identique pour un coût total avoisinant les 10 millions de dollars. En une dizaine d’années, nombre de nouveaux citadins s’y installaient et en 1978, Lake Havasu City obtenait le statut officiel de ville. Sans doute l’une des plus jeunes des USA mais paradoxalement, celle qui possède l’un des plus vieux ponts en pierre.
Autre fait marquant, le film d'horreur Piranha a été tourné entièrement sur ce site. Je n'en parle pas, on ne sait jamais, d'aucun aurait l'idée de plonger dans l'eau pour avoir un autographe.

Au sortir de la ville, catastrophe, Dominique, qui avait déjà été obligé de changer de moto à Los Angeles, tombe de nouveau en panne. Et là, impossible de la faire repartir. Le couple terminera l'étape dans le camion d'accompagnement, la moto aussi.

Après cet épisode, nous rejoignons l’Interstate 40 et refranchissons le Colorado, quittant l’Arizona pour retrouver la Californie. Sur notre droite, un autre lac, celui-ci naturel, le Goose lake qu’il ne faut pas confondre avec celui de l’Orégon ni avec le festival de musique rock d’Août 1970 tenu dans le Michigan. L'un des plus grands événements musicaux de son époque avec la participation de Rod Stewart, Joe Walsh, Jethro Tull , The Litter, Chicago , Ten Years After , The Flying Burrito Brothers , et d’autres encore dont j’entends toujours les riffs au fin fond de ma mémoire… Côté radio, rien à écouter. Nous roulons dans le désert. au beau milieu d'une large et plate vallée de poussières, de cailloux et de sables piquetée de buissons. Au loin de chaque côté, des collines aux reflets mordorés. Nous approchons puis contournons par l’ouest les Dead Mountains. Quelques baraques regroupées sous le nom de Palm Gardens. Puis d’autres à Cal-Nev-Ari, dont le seul lieu remarquable semble être un casino. Peu après, nous quittons la Californie pour pénétrer dans le Nevada. Puis plus rien avant Searchlight et, là encore, un casino.



A nouveau le désert. Mais que peut-on bien foutre dans cet environnement ?

Ah, peut-être une raison, sur notre gauche, un immense champ de capteurs solaires photovoltaïques. Puis des mines, à ciel ouvert.
Plus d’autre patelin pour faire une halte. A Railroad Pass, La 95 rejoint la 93 permettant de toucher l’extrémité sud du Lac Mead. Nous prenons au contraire le sens inverse afin d’atteindre Henderson dans les faubourgs de Las-Vegas et retrouver la civilisation. On s’y perd d’ailleurs. Arrêt sur le bord d'un trottoir alors que l'on vient de passer un parking, lieu privilégié pour nos pauses, vous l'aurez compris. Je ne ferai d’ailleurs pas de commentaire sur ce sujet, car je suis encore sous le coup de la colère. Je serai méchant. Je les réserve sur la conduite urbaine que l'on vient de réaliser dans des conditions monstrueuses. Rouler à 50 km/h sur des autoroutes chargées de voitures, de camions, de bus, qui, tous, sans exception, vous dépassent à toute allure, est suicidaire. On reste groupé, certes, pour mieux prendre le risque de périr dans un carambolage monstre.
En fait, à posteriori, je suppose que la raison invoquée, cachait une lacune, l’illettrisme à décrypter l'affichage d'un GPS. Toujours est-il, qu’après avoir tourné dans tous les sens, alors qu’il suffisait d’aller tout droit, une fois de plus, nous sommes arrivés bien en retard à l'énorme gâteau à la crème qui nous servira d’hôtel.

Les motos à peine garées, on se faire entendre que nous devons aller manger aussitôt ( ben oui, quand même, il est 15 heures) et que ce n’est pas là, mais au Hard Rock Café ! Soit, à bonne ½ heures de marche, et pour bouffer dans le pire poncif de la culture américaine. Bon, après tout on est à Végas ! Le reste de la journée est à l’avenant. Même pas de WIFI pour se connecter dans cet hôtel de merde. Pour une fois où j’avais un peu de temps à consacrer au blog !
Lorsque nous ressortons de l'hôtel, il fait déjà pratiquement nuit. On se balade, cela nous calme. Que nenni. Le bruit, la fureur ambiante, le monde, la bousculade, les spots lumineux... Oh et puis basta. J'arrête là.  

mardi 16 septembre 2014

De l'océan au désert

Changement de programme de toute dernière minute, visite ce matin de Los Angeles sous les explications passionnées et passionnantes d’une guide PRO. Un véritable personnage, moitié anglaise, moitié égyptienne, 7 langues à son actif et une culture prodigieuse.
Ouf ! Enfin ! La révolte couvait. Mais le risible dans l’affaire, c’est que cette décision a été prise suite à des regrets exprimés par ces personnes qui ne pensent qu’à Hollywood et qui voulaient voir LA colline et LE boulevard « étoilé » par les stars.
Il faut donc savoir s’exprimer. Je compte bien dorénavant le faire.
Visite donc du quartier mythique (construit en partie sur le ranch de Tiburcio Wásquez, dont je vous parlais hier), mais pas que. Nous commençons la visite en longeant la Marina del Rey, la plus grande marina du monde, avec ses canaux qui l’alimentent en eau de mer. Superbes maisons sur certains d’entre eux, rappelant Venise. D’ailleurs on y est maintenant. On longe sa plage jusqu’à celle de Santa Monica. On s’arrête sur la splendide terrasse qui domine la plage en contrebas et les parkings où nous sommes restés hier, bêtement, pendant des heures. De savoir que l’on était si près me rend nauséeux. Que l’on ne me raconte pas que ce circuit a été préparé, j’en ai la preuve à cet instant.
Notre guide (la vraie, pas les autres) connait bien ce quartier. Elle s’est occupée de Jacqueline Stone, la mère de l’écrivain Oliver Stone avec qui elle est désormais amie.
Nous montons désormais San Vicente Avenue, dont les voies sont séparées par une multitude de tulipiers du Gabon donnant sur de magnifiques demeures. Puis UCLA avant d’atteindre le Wilshire boulevard qui fait une centaine de kilomètres, que l’on remonte vers le nord, jusqu’au cimetière des vétérans. Puis un autre, celui des stars à Westwood. On retombe sur la machine à rêves, avec Beverly Hill. Arrêt à Rodéo Street, affolement des femmes devant les prestigieuses maisons de luxe.
En repartant, on peut s’étonner du style mission de l’hôtel de ville. On remonte Doheny Drive, tout le monde se précipite pour photographier la maison où Marylin recevait 2 célèbres frères. Et je ne suis pas le dernier !
Sunset boulevard et sur le haut, l’hôtel Belmont évidemment, où la fille Coppola s’ennuyait ferme. Plus bas, on prend La Bréa, à hauteur des studios de Charly Chaplin que l’on quitte momentanément pour Hollywood boulevard. Arrêt OBLIGATOIRE. Le groupe s’égaille. 


Il ne faut pas tarder. Nous devons déjeuner à Palm Springs, à plus d’une centaine de miles et il est déjà 11H30…

Retour à l’hôtel, reprise des motos et plein cap sur le désert. Puis, après une route à toute allure, brusquement, cet oasis inimaginable. Pas vraiment le temps d’en faire le tour. Mais d’ailleurs, est-ce vraiment important ?

Déjeuner rapide par la bande d’affamés. Il est plus de 15 heures et le programme est bien évidemment compromis. L’organisation propose de faire l’impasse sur le parc national de Joshua Tree. Je refuse catégoriquement, mais accepte de me plier à la majorité. Et ça paye ! Pendant que je prends un expresso au bar, la majorité me suit. Du coup, nous nous précipitons sur les motos. Cela n’est bien évidement qu’une expression, car certains passent un temps inimaginable avant d’y monter. Ça papote, ça change de vêtement, ça rajuste qui le rimmel qui le foulard ou les lunettes. Ça fout les boules ! Ah, parlez-moi de bikers !

Nous récupérons assez vite la petite route de Joshua Tree. Sublime, elle chemine entre collines, dunes, éboulis et canyons, avec sa végétation étonnante malgré sa rareté et sa stature rase. On circule cette fois plus lentement s’imprégnant de la douceur de cette fin d’après-midi. Cette partie du désert n’est toutefois pas celle de Mojave et donc nous ne verrons que peu de Joshua Trees ; mais les créosotes et les cactus comblent cette déception.

Il y a également pas mal de pieds de Yucca Schidigera, où encore Yucca de Mojave. C'est pas vraiment étonnant de la voir aussi vivace, il peut vivre 12000 ans. Cela me fait penser que lorsque nous serons dans Sequoia National Parc, nous serons juste à côté des White Mountains où réside l'un des plus vieils arbres au monde, un pin Bristlecone, âgé de 4800 ans. On ne sait d'ailleurs pas exactement où. Il vaut mieux que l'endroit reste secret, vu que les touristes iraient aussitôt lui couper un peu de bois en souvenir.

Peu avant Parker, nous traversons le Colorado qui assure la frontière entre la Californie et l’Arizona. Nous n’en verrons rien, il fait maintenant nuit. C’était à prévoir. L’organisation me répondra sans doute que de toute façon à cet endroit le Colorado n’est plus un fleuve impétueux mais un filet d’eau bien fragile.

Lorsqu’on monte à toute allure la chaîne de montagne où se niche le Lac Havasu, nous ne verrons strictement RIEN en dehors des phares et de quelques luminaires signalant les rares stations-services. Non, je suis injuste. La lune se reflète sur des étendues d’eaux nichées entre des vallons. Cela augmente d’ailleurs la déception.

Arrivés à l’hôtel, nous sommes quand même satisfaits de constater qu’ils nous ont attendus pour diner. Sympas et des plats dans l’ensemble bons.

lundi 15 septembre 2014

De la route et des parkings

Aujourd’hui, on entre dans cette Californie du Sud magnifiée par le cinéma et les séries hollywoodiennes.
La côte océanique - d'une beauté sauvage, entre mer, collines, canyons et déserts – est oubliée.

Seules comptent (pour ceux qui mènent notre triste bal) ces villes qui font rêver tant et tant de monde, dans une exploitation éhontée des plages et des corps sculpturaux telle qu’on ne compte plus les tournages qui y font référence. Oubliée donc, cette côte, pour nous  aussi. Il y en a parmi nous qui n’espèrent qu’une chose, déambuler sur les bords de mer de Santa Barbara, se baigner sur la plage de Malibu, monter s’asseoir sur les postes des Coast guards, se prendre sans doute pour celui ou celle qu'ils ne seront jamais au lieu de savourer l'instant présent…
Oubliées les maisons traditionnelles au beau style colonial espagnol.

La Mission Santa Barbara ? La "Reine des Missions" pourtant promise par le programme, oubliée bien entendu…
Quant à Santa Monica, nous n’en verrons que ce que le petit parcours à pied menant au restaurant nous offrira.

Et la gare, pas laide d'ailleurs.

De Santa Barbara, nous n’en verrons que les parkings. Certains commencent à gronder. J’en fais partie.

Je préfère ne pas parler de notre arrivée à Los Angeles. Nous sommes juste devenus les spécialistes de la localisation des hôtels Sheraton. Je fulmine encore après l’organisation. J’étais déjà quelque peu déçu de notre journée d’hier. Cela ne s’arrange pas.

Il est tellement tard que je n’ai aucune envie de ressasser cette journée en ouvrant ce blog. Car, vous l'aurez compris, j'écris ces mots quelques jours plus tard...



Entre State One et PCH

Et c’est parti. Il est 7 heures. Le temps est gris et le ciel plombé. L’humeur à l’unisson, entre pénombre et sommeil. Les premiers kilomètres dévoilent une route bien peu conforme à nos attentes, à nos espérances, à nos rêves. Rien à voir avec la côte nord de San-Francisco. La brume et la fraîcheur vont s’estomper petit à petit pour laisser place au soleil. Il faudra toutefois attendre le milieu de matinée et la pause à Santa-Cruz pour se réchauffer.

Nous sommes arrêtés sur la jetée qui prolonge la ville sur la mer. Visiblement une station balnéaire sans grand intérêt de prime abord.

On arrive vers midi à Monterey, la ville que devait affectionner tout particulièrement John Steinbeck pour qu’il en fasse le cadre de tant de romans.
Nous déjeunons chez Rosine, petite pensée pour ma sœur.
Marie-Claude prend une photo du restaurant. Cela me rappelle un autre voyage, en Martinique et un autre magasin à l'enseigne "chez Rosine".
En haut de la rue, la Old Custom House, célèbre pour avoir été le lieu où John Drake Sloat, en 1846, a déclaré américaine la Californie en hissant un "stars and stripes" du coup obsolète. Je cherche vainement l'Adobe House, l’hôtel qu’occupa Robert Louis Stevenson pendant son séjour ici. Je tombe par contre sur la vieille prison et du coup, sur des histoires du passé… Notamment celle d'un vrai Zorro qui aimait trop les femmes.


Le très honorable Tiburcio Vasquez fut un bandit notoire de Californie au milieu du XIXe siècle. Il soignait son image et se faisait passer pour un Robin des Bois hispanique dans un pays nouvellement conquis par les États-Unis (1847). La tâche était aisée, il lui suffisait de s’attaquer aux colons américains qui avaient spolié les mexicains.
Wasquez est né à Monterey en 1865 dans une grande famille espagnole. Son arrière-grand-père fut l’un des tous premiers colons arrivés en Californie en 1776 avec le conquistador Juan Bautista de Anza[1]. Il eut une jeunesse studieuse, savait lire et écrire, parlait espagnol et anglais, dansait et jouait fort bien de la guitare. Mais à 17 ans , alors qu’il participait à un bal, une rixe dégénéra et se termina par le meurtre d’un certain William Hardmount, l’agent de police local. L’un des protagonistes de la bagarre, Jose Higuera, qui faisait partie du groupe d’amis de Wasquez fut lynché le lendemain. Wasquez, alors s’enfuit de Monterez et rejoignit la bande de malfaiteur que dirigeait son cousin, Anastazio. Dès lors, la vie de Wasquez bascule dans le crime, les cambriolages, vols de chevaux et de bétails, et autres brigandage. Il était également un homme à femmes. Et le fait que nombre de ses maîtresses fussent mariées, lui vaudra une féroce inimitié des époux trompés. En 1873, son gang attaque une boutique de la bourgade de Tres Pinos— aujourdhui Paicineset vole 200 $ dor. Une fusillade éclate et trois passants innocents sont mortellement touchés. Dès lors, il est recherché activement dautant que le gouverneur de l’époque, Newton Booth, fixe une prime sur la tête de 15 000$  - une somme incroyable pour l'époque. Le gang réussit à se cacher pendant 6 mois avant que lun de ses propres membres, Abdon Leiva, ne se rende à la police et le trahisse. Lattrait de la récompense n’était pas la seule raison de son geste. On lui avait promis lamnistie et il avait été cocufié par Wasquez.
Wasquez plaida une juste cause, le lutte contre les spoliations et les discriminations que les américains faisaient subir aux mexicains. Si cela fut bien perçu par sa communauté, surtout les femmes, il fut néanmoins condamné à mort et fut pendu en mars 1875. Mais depuis lors, son fantôme hante la vieille prison de Monterey.
 La vieille prison à l'époque de Wasquez


Wasquez a été le prétexte d’un épisode de la série TV « Stories of the Century » Saison 1, Episode 14 du 23 avril 1954. Le film avait été réalisé par
William Witney, sur un scenario de Maurice Tombrage avec les acteurs Jim Davis, Mary Castle, et Anthoniy Caruso jouant le rôle de Wasquez
Pour en terminer avec cette histoire, la prison, construite en 1854, existe toujours, avec ses 6 cellules… et son fantôme.
Cette prison aujourd'hui
Il est à noter qu’elle « accueillit » pendant quelques jours, Eddie Romero, un « paisano » arrêté pour avoir poignardé un de ses amis lors d’une dispute d’ivrognes. Eddie Romero est devenu le modèle de John Steinbeck pour le personnage de Pilon, l’un des joyeux drilles du roman « Tortilla Flat ». Quand le roman devint film, c’est à Spencer Tracy, que fut dévolu le rôle de Pilon.
Monterey, c'est aussi l'un des berceaux du rock, avec le fabuleux festival international de 1967. Janis Joplin, Jimi Hendrix, Otis Redding, The Who. Excusez du peu.

Il est temps de reprendre la route, et j’espère, celle de la côte et non cette infecte highway (La 101) qui la jouxte.

A quelques kilomètres au sud nous arrivons à Carmel, une station balnéaire chic, connue pour ses galeries d'art et ses boutiques de luxe. Clint Eastwood en fut le maire deux années durant et du coup quelques-uns d’entre nous se sont affolés et tout excités, ont suggéré d’aller le rencontrer dans sa propriété qui s’avère (bien entendu) être tout simplement un hôtel et non une résidence. Faut quand même pas rêver ! Il y avait pourtant d'autres choses plus intéressantes à voir. Bon, on ne va pas polémiquer sur les valeurs et les centres d'intérêts de chacun... Sauf que l'on perd un temps précieux...

Enfin la route côtière ! De Carmel à Big Sur, rien à dire, si ce n’est une pensée pour Henri Miller. Il avait raison de vivre là, le bougre. C’est tout simplement extraordinaire. La state One procure un plaisir de conduite et un enchantement pour le regard.

Le plaisir est intense, mais pour rejoindre notre destination il faut rouler, rouler, rouler. C’est vraiment gâcher le plaisir.
Le désir de s’arrêter est contré sans cesse par le temps qui s’écoule. 
La nuit tombe et du coup la magie augmente pendant ce laps de temps rare et précieux où la lumière s'estompe. Toute la diversité minérale donne des lumières et des couleurs splendides que renvoie avec abondance l'océan.
Mais pourquoi donc vouloir aller toujours plus loin !!!! La Pacific Coast Highway (la PCH pour les intimes) mérite la nonchalance et non cette abrutissante conduite.
Il aurait été judicieux d'en faire moins et plus lentement…

Lorsqu’on arrive à San Luis Obispo, on tombe de fatigue. Il fait nuit noire. Nous aspirons tous  à avaler le dîner et aller se coucher. Le blog attendra...
 Et les vidéos tournées avec la GOPRO nécessitent d'être montées. Donc elles seront là, mais je ne sais pas quand.
A bon entendeur...

[1] Qui fut le premier à explorer l’Arizona et la Californie avec une troupe d’une vingtaine d’ hommes seulement.